Poem of the day

Ballade de Frère Lubin
by Clément Marot (1495-1544)

      Pour courir en poste à la Ville
Vingt fois, cent fois, ne sais combien;
Pour faire quelque chose vile,
Frère Lubin le fera bien;
Mais d’avoir honnête entretien,
Ou mener vie salutaire,
C’est à faire à un bon chrétien.
Frère Lubin ne le peut faire.

      Pour mettre, comme un homme habile,
Le bien d’aultrui avec le sien,
Et vous laissez sans croix ni pile,
Frère Lubin le fera bien:
On a beau dire, je le tien:
Et le presser de satisfaire,
Jamais ne vous en rendra rien,
Frère Lubin ne le peult faire.

      Pour débaucher par un doux style
Quelque fille de bon maintien,
Point ne faut de vieille subtile,
Frère Lubin le fera bien.
Il prêche en théologien,
Mais pour boire de belle eau claire,
Faites-la boire à votre chien,
Frère Lubin ne le peut faire.

                  ENVOI

      Pour faire plustôt mal que bien,
Frère Lubin le fera bien;
Et si c’est quelque bonne affaire,
Frère Lubin ne le peut faire.

Poem of the day

Sueño despierto
by José Martí (1853-1895)

Yo sueño con los ojos
Abiertos, y de día
Y noche siempre sueño.
Y sobre las espumas
Del ancho mar revuelto,
Y por entre las crespas
Arenas del desierto,
Y del león pujante,
Monarca de mi pecho,
Montado alegremente
Sobre el sumiso cuello,
Un niño que me llama
Flotando siempre veo.

Poem of the day

Lucifer in Starlight
by George Meredith (1828-1909)

On a starred night Prince Lucifer uprose.
Tired of his dark dominion swung the fiend
Above the rolling ball in cloud part screened,
Where sinners hugged their spectre of repose.
Poor prey to his hot fit of pride were those.
And now upon his western wing he leaned,
Now his huge bulk o’er Afric’s sands careened,
Now the black planet shadowed Arctic snows.
Soaring through wider zones that pricked his scars
With memory of the old revolt from Awe,
He reached a middle height, and at the stars,
Which are the brain of heaven, he looked, and sank.
Around the ancient track marched, rank on rank,
The army of unalterable law.

Poem of the day

With the Sunshine and the Swallows
by Joseph Noel Paton (1821-1901)

With the sunshine and the swallows and the flowers,
   She is coming, my belovèd, o’er the sea!
And I sit alone and count the weary hours,
   Till she cometh in her beauty back to me;
         And my heart will not be quiet,
         But, in a “purple riot,”
         Keeps ever madly beating
         At the thought of that sweet meeting,
When she cometh with the summer o’er the sea;
         All the sweetness of the south
         On the roses of her mouth,
         All the fervour of its skies
         In her gentle northern eyes,
As she cometh, my belovèd, home to me!

No more, o’ nights, the shivering north complains,
   But blithe birds twitter in the crimson dawn;
No more the fairy frost-flowers fret the panes,
   But snowdrops gleam by garden-path and lawn;
         And at times a white cloud wingeth
         From the southland up, and bringeth
         A warm wind, odour-laden,
         From the bowers of that fair Aden
Where she lingers by the blue Tyrrhenian Sea;
         And I turn my lips to meet
         Its kisses faint and sweet;
         For I know from hers they’ve brought
         The message: rapture-fraught:
“I am coming, love, with summer, home to thee.”

Poem of the day 5/16

Clair de Lune
by Paul Verlaine (1844-1896)

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques,
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L’amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d’extase les jets d’eau,
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

Game of the week

Poem of the day

“Demain, dès l’aube”
by Victor Hugo (1802-1885)

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Poem of the day

Chanson de Barberine
by Alfred de Musset (1810-1857)

Beau chevalier qui partez pour la guerre,
            Qu’allez-vous faire
            Si loin d’ici?
Voyez-vous pas que la nuit est profonde,
            Et que le monde
            N’est que souci?

Vous qui croyez qu’une amour délaissée
            De la pensée
            S’enfuit ainsi,
Hélas! hélas! chercheurs de renommée,
            Votre fumée
            S’envole aussi.

Beau chevalier qui partez pour la guerre,
            Qu’allez-vous faire
            Si loin de nous?
J’en vais pleurer, moi qui me laissais dire
            Que mon sourire
            Était si doux.